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édito special 2ème confinement #4 / Décembre 2020

Face à la fièvre complotiste, privilégier le savoir à l’émotion et à la croyance

Depuis quelques années certains mots reviennent souvent et occupent de plus en plus l’espace médiatique : Fake-news, complotisme, théorie du complot … Ces mots deviennent récurrents à mesure que les réseaux sociaux se développent. On a pu s’en rendre compte lors des attentats de Charlie Hebdo et plus près de nous, la crise COVID laisse place à diverses rumeurs, informations tronquées, ou manipulées à des fins politiques

Le film Hold Up et toute la paranoïa qui s’est installée autour de son contenu ont démontré à quel point cela pouvait avoir des conséquences dramatiques et la censure a nourri encore plus la théorie laissant croire qu’on voulait cacher la vérité.

Tous pourris … Ces théories touchent tous les milieux mais ils influencent particulièrement celles et ceux qui ne possèdent pas l’appareil culturel critique nécessaire, à savoir les milieux populaires. Les réseaux d’extrême droite sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux parce qu’ils ont une influence énorme sur le vote de nos concitoyens, notamment en faveur des extrêmes populistes.

Combien pensent encore que les migrants ont une carte bleue donnée par l’état dès qu’ils entrent en France ? Combien pensent encore que les bénéficiaires du RSA ont des revenus supérieurs à ceux qui travaillent ? Combien ont conscience de la réalité de l’indemnité des élus, qui à l’origine, était prévue pour que la fonction d’élu ne soit pas accessible aux seuls rentiers ou professions libérales et qu’un ouvrier puisse y consacrer du temps ?

Loin de nous l’idée de faire le procès des réseaux sociaux. Comme tout outil, ils peuvent être le meilleur ou le pire.

Le meilleur, quand ils nous permettent un accès plus facile à l’information.

Le pire lorsqu’ils servent d’exutoire sous couvert d’anonymat aux propos racistes, sexistes, lorsqu’ils appellent à la haine ou au meurtre comme dans le cas de Samuel Paty et de la jeune lycéenne Mila.

Le pire, lorsqu’ils organisent de manière intentionnelle la manipulation des esprits fragilisés par leur situation sociale et qui cherchent par faute de repères politiques à trouver une raison à leurs difficultés.

10% des français croient que la terre est plate ou que les attentats du World Trade Center sont un coup monté par la CIA.

Mais les réseaux sociaux ne sont pas les seuls dans la manipulation de l’opinion. Cela ne doit pas nous exonérer de la prise de distance avec les informations qui nous sont délivrées par les médias. Les médias « officiels » peuvent eux aussi être propagateurs de fausses nouvelles, pour exemple :

  • Le coup d’état médiatique en Bolivie en 2019 ;
  • La collusion entre Trump et Poutine largement relayée, jamais prouvée ;
  • L’existence d’armes de destruction massive, mensonge révélé par Colin Powell devant l’ONU qui a servi d’alibi pour la guerre en Irak en 2004.

Les réseaux sociaux et les médias de l’information ont aussi une capacité à détourner l’attention des enjeux fondamentaux au profit d’informations futiles comme l’affirmait justement Pierre Bourdieu : “La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d’une partie très importante de la population. Or en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare par du vide, du rien ou de presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques.”

Noam Chomsky parlait d’une philosophie de la futilité qu’il décrit ainsi : « …. une absence d’objectifs, afin de focaliser l’attention des gens sur les choses les plus superficielles, qui répondent pour la plupart à des effets de mode. »

A l’appui des réflexions de ces 2 philosophes rappelons nous qu’en 2004, sans vergogne, Philippe Lelay directeur général du groupe TF1 déclarait ; “ce que nous vendons à Coca Cola c’est du temps de cerveau humain disponible”. Tout un programme pour abêtir une population.

Ce développement de la communication de masse nous interroge particulièrement en tant que mouvement d’éducation populaire. Condorcet l’avait exprimé clairement dès 1792 dans son rapport sur l’instruction : ” Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, (…)le genre humain restera partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves.”

Sur les réseaux sociaux et plus largement dans l’espace numérique, l’enfermement algorithmique empêche l’ouverture d’esprit nécessaire à la découverte du monde, à la capacité de comparer des informations contradictoires de façon à se construire un esprit critique.

La démocratisation de l’information est telle qu’il devient urgent de produire des filtres, des grilles de lecture à ce qui est propagé par tout un chacun. C’est notre rôle de mouvement d’éducation populaire que de fournir les outils qui permettent   de décoder le monde qui nous entoure pour exercer pleinement notre citoyenneté.

La capacité à prendre de la distance avec l’information propagée par les réseaux sociaux et les médias pour la traiter au filtre d’une réflexion personnelle est l’un des enjeux majeurs du moment. C’est la raison pour laquelle nous développons quelques années une action d’éducation aux médias et aux réseaux sociaux. Nous le faisons en partenariat avec la CABBLR pour former les acteurs éducatifs à l’usage du numérique via les réseaux sociaux, mais aussi dans les lycées dans le cadre du programme d’éducation aux médias.

Militants de l’éducation populaire nous nous inscrivons dans la continuité de Jean Macé : faire des citoyens libres.

Comme lui lors de la création de la Ligue de l’enseignement en 1866 nous reprenons à notre compte ces mots qui loin d’être datés prennent aujourd’hui tout leur sens « La Ligue n’a qu’un article dans son programme philosophique, faire des hommes qui pensent, pour penser ensuite comme ils l’entendront ».

Daniel BOYS
Président de la Fédération du Pas-de-Calais

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