édito special confinement #4 – avril 2020

#entendonsleurscris

 

Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une flambée de violence domestique. De nombreuses femmes, jeunes filles et enfants se retrouvent particulièrement exposées à la violence précisément là où elles devraient en être protégées, dans leurs propres foyers.

 

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé, dimanche 5 avril, un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles, alors que le confinement provoqué par la pandémie de coronavirus exacerbe les violences conjugales et intrafamiliales.

 

Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont prises au piège, confinées dans leur maison avec leur agresseur. Là où le virus semble ne connaître aucune frontière, force est de constater qu’il s’accompagne de l’amplification des violences au sein du foyer, dans tous les pays et tous les continents, sans aucune distinction.

 

Dans les faits, la première semaine de restrictions en Afrique du Sud s’est traduite par près de 90.000 plaintes de violence, tandis qu’en France, la violence domestique a cru d’un tiers en une semaine. Dans le même temps, le gouvernement australien a rapporté pour sa part avoir constaté une augmentation de 75% des recherches sur Internet pour un soutien face à des violences dans les foyers.

 

Face à l’urgence, en France, les autorités ont annoncé la mise en place de « points d’accompagnement éphémères » dans des centres commerciaux et lieux publics pour accueillir les victimes et le déblocage d’un million d’euros pour venir en aide aux associations de terrain. Mesures de crise qui semblent dérisoires en réponse à une telle vague, dans un contexte d’affaiblissement de l’action publique où rien n’apparait à la hauteur de l’enjeu.

 

Parallèlement, les violences sur les enfants, mesurables par les appels au 119, la ligne téléphonique « Allô enfance en danger », ont augmenté de 20% depuis le début du confinement, et les appels considérés comme urgents ont augmenté de 60% par rapport au moins de février. Rappelons qu’en France, chaque année, plus de 50 000 enfants et adolescents sont victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.

 

En réponse, depuis la semaine dernière, la ligne téléphonique 119 est doublée d’un service de signalement par écrit des violences, sur internet. Ce dispositif, est présenté comme destiné aux victimes qui ne pourraient s’isoler pour appeler à l’aide et a déjà permis à plusieurs d’entre elles de s’extraire de certaines situations.

 

L’Unicef France et le collectif féministe #NousToutes, réunis sous le slogan « #EntendonsLeursCris », ont lancé une campagne d’information et de sensibilisation, notamment sur internet, pour faire connaître le numéro 119 et encourager les victimes à appeler à l’aide. Ces deux organisations souhaitent interpeller et sensibiliser largement le public.

 

Nous relayerons !

 

Indubitablement, la justice doit protéger les victimes et punir les coupables. Au-delà, les programmes de sensibilisation, trop peu nombreux, constituent un enjeu pour combattre en amont tous les signes et mécanismes précédents les violences …

 

Pour nous, le droit et la justice doivent pouvoir ici retrouver leur place. Il s’agit d’abord d’assurer la protection de personnes vulnérables et d’intervenir au nom de l’enfance en danger.

 

Demain, il faudra accompagner les victimes et notamment les plus jeunes puisque toutes les études montrent que les enfants peuvent être psychologiquement gravement atteints par ce à quoi ils assistent. Il s’agit d’un véritable traumatisme psychique aux conséquences durables sur leur développement.

 

Pour peu que les scènes se répètent, ils sont automatiquement et durablement victimes. Quant aux plus grands, ils apprennent la violence et interprètent que c’est de cette manière que se règlent les rapports humains, spécialement avec les femmes et les plus vulnérables.

 

Concernant les auteurs, nous appelons à une réflexion tournée vers des programmes psycho-éducatifs sur le sens de la violence et un ensemble de réflexions et travaux à mener auprès de tous les publics sur les relations homme-femme, les émotions et leur contrôle, les liens et conduites de dépendance, la souffrance des enfants … Là où ces violences ne connaissent pas de frontières géographiques, indubitablement elles touchent toutes les strates de notre société.

 

Cette crise sanitaire semble révéler des maux considérables et des failles majeures dans notre société. Militants associatifs, artisans d’une certaine idée de la fraternité et mobilisés dans le champ de l’éducation populaire, ce constat nous interpelle et heurte profondément nos certitudes. Demain, le travail à accomplir, aux côtés des acteurs associatifs et des professionnels, sera colossal.

 

D’ici là, une réalité persiste, toutes ces femmes, ces enfants et adolescent.e.s, victimes de violences, entrent dans leur 5ème semaine d’un silence assourdissant.

 

 

 

Le président,
Daniel BOYS
css.php

Login

Lost your password?
X