La Ligue de l’Enseignement aujourd’hui
Extrait du 89ème congrès de la Ligue 63 en 1995
Quelle ligue, pour quelle société ?
Chaque jour, les ligueurs ont rendez-vous avec la société. En 1995 ils ont aussi rendez-vous avec leur histoire, au sens ou Condorcet l’entendait : »une histoire qui est la conscience des hommes ».
Quel est le sens du projet et de l’intervention de la ligue dans un monde en mutations profondes, rapides et brutales ? A l’heure d’un changement de civilisation, quelle ligue, pour quelle société ?
Quel est le sens du projet et de l’intervention de la ligue dans un monde en mutations profondes, rapides et brutales ? A l’heure d’un changement de civilisation, quelle ligue, pour quelle société ?
La Ligue au cœur de la république
Depuis sa création, à l’époque de la conquête naissante du suffrage universel, la ligue a été un puissant levier de la république. Ses premier militant ont construit un réseau de cercle qui a provoquer un vaste mouvement d’opinons pour une école public accessible à toutes et tous, conçue comme la pièce maîtresse de la laïcité et de la république.
Décides a ne pas s’arrêter au seul projet d’éducation républicaine et convaincus que l’enjeu « c’est moins l’instruction des ignorants et qu’il est mille fois plus important de faire des électeurs que des élections », les ligueurs vont alors fonder un grand mouvement d’éducation populaire.
Ainsi, par une organisation souple et décentralisée, l’origine plurielle de ses membres et la diversité des structures qui la constituent, la ligue est au cœur des évolutions de son époque et pèse sur la société dans le sens d’une émancipation toujours plus grande des citoyens. Elle sait conjuguer pensée et action, mouvement des idées et rassemblement des acteurs, convictions et réalisations par une lutte constante pour l’exercice de la démocratie, pour l’accès à l’éducation et à la culture.
Depuis les années soixante, la ligue a considérablement développé ses activités. Ses fédérations départementales et les associations qui les constituent ont utilement œuvre dans un contexte ou chacun pouvait poser le pied sur le premier barreau de l’échelle sociale ayant la quasi-certitude de pouvoir gravir les suivants.
Une autre époque s’est ouverte
Mais nous sommes entrés dans une autre époque. Claude Julien nous en a livre les inquiétantes caractéristiques. René Lenoir les évoque dans son récent livre « quand l’état disjoncte ».
« (…) après la guerre et pendant 30 ans, l’accroissement de la richesse nationale a profite a tous. Il apparaissait possible de réduire les quelques îlots de pauvreté qui se maintenaient aux portes des villes, de la même façon qu’on faisait disparaître, les bidonvilles. Ensuite, en une quinzaine d’années une France profondément mégalitaire s’est créée alors même que l enrichissement général se poursuivait. Au sein d’une des sociétés les plus riches du monde se sont creusées de larges poches de pauvreté. Jadis on naissait pauvre voila qu’on le devient. »
A une représentation pyramidale de société ou tout le monde pouvait progresser s’est substituée une représentation horizontale ou le fosse séparant les perdants des autres devient infranchissable. Pour certains, il ne s’agit même plus d’attraper le train : ils ne peuvent plus atteindre la gare.
C’est dans le pays de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’il y a des femmes et des hommes en fin de droit, qu’il y a des familles sans logement pour lesquelles il faut la pression des manifestant pour réquisitionner des toits provisoires.
Nous avons les moyens de supprimer les travaux les plus pénible grâce aux progrès techniques : c’est le rêve des hommes depuis cinq millénaires. C’est le fruit de leurs luttes aussi mais nous sommes incapables de distribuer le bienfait de ce progrès conquis. Alors la pseudo nationalité économique et ses ajustements imposent un chômage croissant. Le chômage est un choix de société.
Quelle ligue, pour quelle société ? Nous refusons cette société-là ! Elle frappe les plus faibles et les plus jeunes d’aujourd’hui : demain elle n’épargnera personne. Les premiers enfants dont les parents n’ont jamais travaille arrivent maintenant a l’école. Ils sont accueillis très souvent dans les même écoles de ces même quartiers ou habitent ceux qui ont les même difficultés : des quartiers de ségrégation et de relégation. Quel aveuglement ou quel cynisme peut-être, de parler alors d’intégration !
Le malaise de l’intégration civique est indissociable des menaces qui pèsent sur l’intégration sociale, économique et culturelle.
La république ne peut pas être charitable
Nous refusons cette société parce qu’elle fait de la république une république trébuchante, une république charitable. Le revenu minimum d’insertion est une réelle conquête et un premier pas vers la dignité minimum. Mais ce » n’est qu’un premier pas et il est de plus en plus difficile de faire le deuxième : aussi RMI est il devenu pour beaucoup « un revenu de misère identifiée » au droit se substitue insidieusement l’octroi et a la vertu la charité : l’humanitaire s’installe au cœur de l’opulence.
Pourtant, devant la gravite de cette situation et sa dégradation, il ne manque pas de voix pour appeler a la lutte contre les exclusions ! Des voix aux échos parfois étrange quand elles nous disent, comme celle du commissaire général au plan, que l’on a connu mieux inspire.
Dans un récent article de la revue Télérama : »les exclus n’ont pas d’adversaire identifiables » ! Serait-ce cela aussi la « pensée unique » considérant qu’il suffit de s’émouvoir des effets sans rechercher les causes et s’y attaquer ?
Plus inquiétantes encore sont d’autres voix aux échos méprisants quand elles nous disent, comme celle d’un ancien PDG d’une chaîne d’hypermarché a l’occasion d’un vibrant plaidoyer pour les « stock-options » qui permettent de faire fortune sans payer d’impôts « le montant de mon gain était dérisoire par rapport a se que coûte une caissière. Et l’opinions publique est plutôt du cote des caissière ». Eh bien disons a ce PDG qu’il est rassurant pour la démocratie que l’opinion publique soit du cote de ceux qui ont le plus de raison d’être inquiet que lui. Disons lui d’autant plus qu’il est aujourd’hui directeur général de l’ANPE : ANPE qui représente pour des millions de personnes le centre du monde, parce que chaque matin elles y consultent le tableau des offres d’emploi avec au fil du temps un espoir diminué.
Ainsi, nous avons chaque jour un peu plus la confirmation que beaucoup de gens souffrent pour le profit des spéculateurs et que beaucoup meurent pour que le marché vive.
Quelle ligue, pour quelle société ? Assurément, et avec force, pas cette société là ! Pas celle non plus des solutions « minimum ». Du bricolage équitable la république ne peut se satisfaire de l’équité, égalité au rabais dont le cadre serait dessiné par les mieux servis ! Il ne saurait y avoir de république que fondée sur la justice sociale nourrie de l’égalité.
Décides a ne pas s’arrêter au seul projet d’éducation républicaine et convaincus que l’enjeu « c’est moins l’instruction des ignorants et qu’il est mille fois plus important de faire des électeurs que des élections », les ligueurs vont alors fonder un grand mouvement d’éducation populaire.
Ainsi, par une organisation souple et décentralisée, l’origine plurielle de ses membres et la diversité des structures qui la constituent, la ligue est au cœur des évolutions de son époque et pèse sur la société dans le sens d’une émancipation toujours plus grande des citoyens. Elle sait conjuguer pensée et action, mouvement des idées et rassemblement des acteurs, convictions et réalisations par une lutte constante pour l’exercice de la démocratie, pour l’accès à l’éducation et à la culture.
Depuis les années soixante, la ligue a considérablement développé ses activités. Ses fédérations départementales et les associations qui les constituent ont utilement œuvre dans un contexte ou chacun pouvait poser le pied sur le premier barreau de l’échelle sociale ayant la quasi-certitude de pouvoir gravir les suivants.
Une autre époque s’est ouverte
Mais nous sommes entrés dans une autre époque. Claude Julien nous en a livre les inquiétantes caractéristiques. René Lenoir les évoque dans son récent livre « quand l’état disjoncte ».
« (…) après la guerre et pendant 30 ans, l’accroissement de la richesse nationale a profite a tous. Il apparaissait possible de réduire les quelques îlots de pauvreté qui se maintenaient aux portes des villes, de la même façon qu’on faisait disparaître, les bidonvilles. Ensuite, en une quinzaine d’années une France profondément mégalitaire s’est créée alors même que l enrichissement général se poursuivait. Au sein d’une des sociétés les plus riches du monde se sont creusées de larges poches de pauvreté. Jadis on naissait pauvre voila qu’on le devient. »
A une représentation pyramidale de société ou tout le monde pouvait progresser s’est substituée une représentation horizontale ou le fosse séparant les perdants des autres devient infranchissable. Pour certains, il ne s’agit même plus d’attraper le train : ils ne peuvent plus atteindre la gare.
C’est dans le pays de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’il y a des femmes et des hommes en fin de droit, qu’il y a des familles sans logement pour lesquelles il faut la pression des manifestant pour réquisitionner des toits provisoires.
Nous avons les moyens de supprimer les travaux les plus pénible grâce aux progrès techniques : c’est le rêve des hommes depuis cinq millénaires. C’est le fruit de leurs luttes aussi mais nous sommes incapables de distribuer le bienfait de ce progrès conquis. Alors la pseudo nationalité économique et ses ajustements imposent un chômage croissant. Le chômage est un choix de société.
Quelle ligue, pour quelle société ? Nous refusons cette société-là ! Elle frappe les plus faibles et les plus jeunes d’aujourd’hui : demain elle n’épargnera personne. Les premiers enfants dont les parents n’ont jamais travaille arrivent maintenant a l’école. Ils sont accueillis très souvent dans les même écoles de ces même quartiers ou habitent ceux qui ont les même difficultés : des quartiers de ségrégation et de relégation. Quel aveuglement ou quel cynisme peut-être, de parler alors d’intégration !
Le malaise de l’intégration civique est indissociable des menaces qui pèsent sur l’intégration sociale, économique et culturelle.
La république ne peut pas être charitable
Nous refusons cette société parce qu’elle fait de la république une république trébuchante, une république charitable. Le revenu minimum d’insertion est une réelle conquête et un premier pas vers la dignité minimum. Mais ce » n’est qu’un premier pas et il est de plus en plus difficile de faire le deuxième : aussi RMI est il devenu pour beaucoup « un revenu de misère identifiée » au droit se substitue insidieusement l’octroi et a la vertu la charité : l’humanitaire s’installe au cœur de l’opulence.
Pourtant, devant la gravite de cette situation et sa dégradation, il ne manque pas de voix pour appeler a la lutte contre les exclusions ! Des voix aux échos parfois étrange quand elles nous disent, comme celle du commissaire général au plan, que l’on a connu mieux inspire.
Dans un récent article de la revue Télérama : »les exclus n’ont pas d’adversaire identifiables » ! Serait-ce cela aussi la « pensée unique » considérant qu’il suffit de s’émouvoir des effets sans rechercher les causes et s’y attaquer ?
Plus inquiétantes encore sont d’autres voix aux échos méprisants quand elles nous disent, comme celle d’un ancien PDG d’une chaîne d’hypermarché a l’occasion d’un vibrant plaidoyer pour les « stock-options » qui permettent de faire fortune sans payer d’impôts « le montant de mon gain était dérisoire par rapport a se que coûte une caissière. Et l’opinions publique est plutôt du cote des caissière ». Eh bien disons a ce PDG qu’il est rassurant pour la démocratie que l’opinion publique soit du cote de ceux qui ont le plus de raison d’être inquiet que lui. Disons lui d’autant plus qu’il est aujourd’hui directeur général de l’ANPE : ANPE qui représente pour des millions de personnes le centre du monde, parce que chaque matin elles y consultent le tableau des offres d’emploi avec au fil du temps un espoir diminué.
Ainsi, nous avons chaque jour un peu plus la confirmation que beaucoup de gens souffrent pour le profit des spéculateurs et que beaucoup meurent pour que le marché vive.
Quelle ligue, pour quelle société ? Assurément, et avec force, pas cette société là ! Pas celle non plus des solutions « minimum ». Du bricolage équitable la république ne peut se satisfaire de l’équité, égalité au rabais dont le cadre serait dessiné par les mieux servis ! Il ne saurait y avoir de république que fondée sur la justice sociale nourrie de l’égalité.
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